Les aménageurs du plateau de Saclay, l'Établissement public d'aménagement de Paris-Saclay (EPAPS) en tête, jurent que la Zone de protection naturelle, agricole et forestière (ZPNAF), instaurée par la loi 2010-597 du 3 juin 2010 relative au Grand Paris et définie précisément par un décret du 31 décembre 2013, est absolument inviolable et qu'il n'y a pas de crainte à avoir de la voir compromise par la réalisation du métro de la ligne 18 du Grand Paris Express (GPE) – qui prend en écharpe cette zone de protection –, ne fut-ce que parce qu'il serait extrêmement lourd de la modifier.
 Ligne18&ZPNAF
 
Qu'en est-il ?
 
Quelles sont les intentions de l'État ?
 
Lors de l'enquête publique modificative sur la ligne 18 de 2020, le Secrétariat général pour l'investissement (SGPI, rattaché au Premier ministre) a rendu un avis (n°89, inclus dans le dossier d'enquête) sur l'évaluation socio-économique réalisée par la SGP. Le SGPI n'y cache aucunement le désir de l'État de voir s'opérer une densification tout au long de la ligne :
 
« Au-delà de la procédure d’évaluation socio-économique, l’enjeu est en effet au niveau du projet territorial dans son ensemble et il paraît clair que les bénéfices attendus, notamment ceux issus des effets d'agglomération et de la création nette d’emplois, qui représentent désormais plus de 70% du bénéfice présenté, ne seront au rendez-vous que si le plateau de Saclay se développe au rythme attendu et offre rapidement la forte densité espérée.
(…)
Au final, l'avis du SGPI, prenant acte de la précédente déclaration d'utilité publique, est favorable à l'ensemble du projet sous réserve :
(…)
- de renforcer les concertations avec les différents acteurs afin d'obtenir des engagements permettant de garantir à moyen terme la densification tout au long de cet axe »
 
Il semble très probable que ces propos du SGPI dévoilent une partie d'un scénario déjà écrit dans les hautes sphères des pouvoirs publics.
Or, un tel objectif est totalement incompatible avec la préservation de la ZPNAF ; ne pouvant l'ignorer, l'État se met donc ouvertement en contradiction avec lui-même.
 
La ZPNAF est-elle réellement inviolable ?
 
Il est vrai qu'il n'y a pas de protection plus forte que celle définie par une loi. Il est vrai aussi qu'il serait assez compliqué de modifier le périmètre de la ZPNAF.
Il est toutefois assez simple de contourner ces difficultés en relativisant la protection apportée. Actuellement, la loi du Grand Paris précise seulement, dans son article 35, qu'il s'agit d'une « zone non urbanisable », sans aucune précision. Si on rajoute à cela une formule du style « sauf dérogation » (en plus ou moins alambiqué), le tour est joué. Et n'oublions pas que la loi du Grand Paris a déjà subi 33 modifications.
 
Loi Grand Paris extrait art35 ZPNAF
 
Certes, de tels retours en arrière sont plutôt rares, mais il est permis de penser que le puissant lobby des BTP serait tout à fait capable de convaincre, tôt ou tard, les parlementaires de la nécessité d’introduire un tel affaiblissement de la protection, surtout après 2030, lorsqu'elle aura épuisé le filon du GPE…
 
L'enjeu financier n'est pas mince car si les agriculteurs sont expropriés sur une base forfaitaire de 10 000 euros l'hectare, une parcelle de terrain à bâtir se vend aujourd'hui autour de 500 euros le m², soit  5 millions d'euros pour un hectare à lotir. Or, le plateau compte 2300 hectares de terres agricoles et 1000 hectares de zones naturelles et forestières… 
 
Comment s'y prendrait-on ?
 
Nous avons déjà expliqué la nocivité du tronçon ouest de la ligne 18 (Saclay-Versailles). Une fois qu'il serait réalisée, les promoteurs (dont l'État) auraient beau jeu de faire valoir que :
  • avec un trafic d'à peine 2000 passagers à l'heure de pointe, cette ligne est un gouffre financier à l'exploitation ;
  • entre Saclay et Guyancourt, la ligne ne s’arrête pas sur plus de 7 km, ce qui n'existe nulle part au monde pour un métro ;
  • par conséquent, il y a tout lieu de rajouter quelques gares sur cette section et de construire des logements et des zones d'activités autour, afin d’accroître la clientèle du métro et d'en améliorer ainsi la rentabilité, tout en allant dans le sens de la densification évoquée par le SGPI.
Ils trouveraient un écho très favorable auprès d'acteurs comme Île-de-France Mobilités, Grand Paris Aménagement, les Chambres de commerce et d'industrie, ainsi que certains élus « bâtisseurs », dont ceux de Versailles et de Saint-Quentin-en-Yvelines. Notons toutefois qu'il existe aussi une proportion non négligeable d'élus locaux qui s'y opposent
Un tel discours plairait également à la grande majorité des députés, qui accordent très peu d'intérêt aux terres agricoles nourricières du plateau, pourtant parmi les plus fertiles d'Europe, et se laissent facilement séduire par les sirènes de la « Silicon Valley à la française », comme on a déjà pu le constater en 2010. Depuis lors, la crise climatique a certes fait évoluer certains esprits, mais pas au point de faire basculer la majorité des parlementaires.
 
Rajouter des gares serait d'autant plus facile que la section Saclay-Guyancourt, initialement prévue en viaduc, doit désormais être mise au sol. Sans aucun doute, ces gares supplémentaires seraient le cheval de Troie de l'urbanisation massive du plateau de Saclay !