Les aménageurs du plateau de Saclay pensent résoudre les problèmes de desserte de ce territoire par une ligne de métro : la Ligne verte alias Ligne 18 du Grand Paris Express. Comme nous l'avons maintes fois fait remarquer, il s'agit là d'une solution en quête d'un problème, car cette ligne :

  • ne servirait qu'à transporter des habitants de Paris ou de sa proche couronne, soit seulement quelque 20 % de l'ensemble des usagers du plateau ;
  • aurait une capacité démesurée par rapport aux besoins (4100 passagers/heure vers 2025, 6000 passagers/heure vers 2035, selon des estimations sans doute surévaluées) – en effet, pour tout spécialiste des transports, un métro en zone périurbaine est une hérésie ;
  • aurait un coût très élevé, grevant inutilement les finances publiques, tant au niveau des frais d'investissement qu'en termes de frais récurrents à l'exploitation ;
  • arriverait très en retard par rapport à l'implantation des établissements d'enseignement et de recherche : théoriquement en 2023, mais l'expérience montre que les délais de réalisation de projets de cette ampleur dépassent toujours les prévisions, parfois du simple au double voire plus ; il faudra donc bien trouver une autre solution ;
  • ne desservirait que trois points du plateau – dont celui du pôle d'activité de Moulon est très excentré – et devrait donc de toute manière être complétée d'un réseau de desserte locale ;
  • rentrerait en concurrence avec le TCSP Massy-Saclay ; par exemple, l'ENSTA serait beaucoup mieux desservie par le TCSP que par le métro.

Les trente glorieuses sont derrière nous et nous vivons dorénavant dans la perspective d'une croissance molle durable, allant de pair avec l'inexorable transition énergétique. Dans ce contexte, il convient de cibler soigneusement les dépenses publiques, de ne pas les fonder sur des illusions voire des rêves et d'éviter les investissements dans des objets de prestige et des lignes de transport qui risquent de s'avérer guère plus utiles que la Ligne Maginot ; voir ausi notre avis sur le projet d'aménagement de la frange sud du plateau.

La solution pragmatique que nous préconisons depuis de nombreuses années est de s'appuyer sur les moyens de transport collectif lourd existants, à savoir les RER B et C, qui circulent dans les vallées au Nord et au Sud du plateau. Aucun point du plateau n'est éloigné de plus de 3 km d'une des gares de ces RER. Rappelons qu'un train RER a un débit horaire maximal de 70 000 personnes. Mais le fonctionnement et la capacité de débit des RER B et C laissent à désirer et doivent donc être améliorés, ce sur quoi des actions ont été lancées. En même temps, il faut organiser le rabattement sur leurs gares.

Il importe de noter qu'une irrigation du plateau à partir des gares de RER serait utile non seulement pour les usagers en provenance de Paris ou de la proche couronne, mais également pour ceux, bien plus nombreux, habitant les vallées de l'Yvette, de Chevreuse et de la Bièvre – d'où le potentiel d'un réel report modal, contrairement à ce qu'apporterait la desserte par la Ligne 18.

Pour relier les gares de RER au plateau, deux options complémentaires se présentent : une flotte de navettes et un réseau de téléphériques urbains.

Des services de navettes (gratuites) ont déjà été mis en place dans des communes du secteur, telles Massy et Jouy-en-Josas. Ce type d'offre, en plus sophistiqué, tirant profit des nouvelles technologies d'information et de communication, pourrait être adopté pour la desserte fine du plateau.

L'utilisation de téléphériques urbains permettrait de transporter des flux de passagers importants depuis certaines gares de RER vers des points centraux des pôles d'activités sur le plateau. Pour desservir le "quartier de l'École polytechnique" la gare de Lozère s'imposerait, tandis que la gare d'Orsay-Ville (ou celle du Guichet) serait le mieux à même d'alimenter le "quartier de Moulon" ; à partir de là, on pourrait également desservir le parc d'activités de Courtaboeuf, créant par la même occasion une liaison entre le plateau de Saclay et Courtaboeuf. Au Nord du plateau, une liaison depuis la gare de Versailles Chantiers permettrait de desservir plusieurs points du pôle de Satory.

Par le passé, l'UASPS avait déjà évoqué cette approche pour desservir la frange sud du plateau. En mai 2013, elle a également fait l'objet d'un article dans le magazine "Gif Infos", édité par la commune de Gif-sur-Yvette – article qui avait soulevé un vif intérêt au sein de la population. Désormais, la conjugaison de la maturité de la technologie du transport par câble et de l'imminence de l'arrivée des établissements d'enseignement et de recherche sur le plateau la rend particulièrement pertinente.

Le téléphérique urbain est souvent perçu comme un moyen de transport de faible capacité. Erreur ! Il est capable de transporter quelque 6000 passagers par heure dans les deux sens, davantage qu'un tramway.

Nous avons contribué un article intitulé "Les associations soulignent les avantages de la création de téléphériques urbains pour desservir le plateau de Saclay" au n° 161 du magazine Liaison édité par Ile-de-France Environnement, dans lequel nous résumons les nombreux atouts de ce mode de transport collectif, sur un plan général comme sur le plan particulier du plateau de Saclay.

Une étude plus complète est proposée par une équipe de cinq étudiants de l'ENSTA : "Projet de téléphérique urbain sur le plateau de Saclay", qui a fait l'objet d'une soutenance de thèse le 27 mars 2014 et est par ailleurs résumé dans une plaquette synthétique. Ce projet propose non seulement la desserte des pôles de Polytechnique et de Moulon, mais également une interconnexion entre ces deux pôles, ainsi que la desserte du CEA. Elle prend en compte la perspective lointaine de la Ligne 18, mais n'en dépend pas – à ceci près qu'elle propose de desservir le pôle de Moulon à l'endroit où on envisage d'implanter la station Gif-Orsay, alors qu'une desserte plus centrale de ce secteur serait nettement plus adéquate. L'étude comporte une comparaison intéressante entre desserte par bus et desserte par téléphérique urbain, montrant cette dernière nettement gagnante. Cette comparaison a d'ailleurs un petit défaut : le temps de desserte du quartier de Polytechnique par des bus depuis la gare de Lozère est évalué à 4 minutes, mais en réalité il n'y a pas dans ce secteur de voie de circulation empruntable par des bus – ce qui ne fait que renforcer la pertinence de la desserte par téléphérique. Effectuée en collaboration avec la société POMA, champion français en la matière, cette étude met bien en lumière les avantages de la solution proposée. Elle montre aussi qu'il est possible de choisir des tracés passant au-dessus de zones non résidentielles, le survol de zones habitées pouvant poser des problèmes d'intrusion dans la vie privée des habitants.

Exemples telepheriques urbains

Rappelons que, par la loi du 3 août 2009 de programmation pour la mise en œuvre du Grenelle de l'Environnement, l'État français encourage le transport par câble comme un des moyens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les pollutions et les nuisances. Aussi, ce mode de transport est-il clairement dans l'air du temps et a-t-on pu constater au salon "Transports publics 2014", qui s'est tenu à Paris du 10 au 12 juin 2014, qu'il bénéficie d'un intérêt nettement grandissant.

Au plan international, les installations emblématiques de téléphériques urbains incluent celles de Medellin (Colombie), Rio de Janeiro et New York – toutes trois construites par POMA – et celle, très récente, de La Paz (Bolivie) réalisée par le constructeur autrichien Doppelmayr.
En France, seule Grenoble en est équipée (depuis 1934), mais de nombreux projets sont en cours ou à l'étude : Créteil (projet Téléval), Paris, Bagnolet, Toulouse, Orléans, Montpellier, Béziers, Carcassonne, Saint-Brieuc et Brest ; ce dernier projet a été retardé par la suspension de l'écotaxe, mais il a finalement été décidé de le réaliser.